Les Péripéties de Claude : "La Momification"

Une fois encore, le blog accueille Claude et ses récits truculents...


La momification


On ne parle pas assez des désastres de la momification, et c’est un tort ! 

Je ne parle pas du rituel que pratiquaient les Égyptiens en momifiant et en embaumant leurs défunts, mais plutôt de cette bien inquiétante habitude qu’ont mes semblables d’entrer en momification bien longtemps avant leur mort. Je vis dans un monde bien étrange ou l’ordre naturel des choses se trouve ainsi inversé, on se momifie d’abord, puis on trépasse plus tard, une fois le processus bien avancé. 

Je m’explique : de la même manière que la momification servit jadis à conserver les cadavres en l’état, la momification à laquelle je fais allusion aujourd’hui concerne la bien curieuse habitude de se garder en l’état …. Mais de son vivant.

Je constate avec effroi que les individus se momifient lentement mais fatalement tout au long de leur vie comme si l’évolution même les effrayait.

Fuyant les doutes, les changements, les bouleversements, les mutations, les métamorphoses, les transformations que la vie ne cesse d’opérer, ils entament leur momification de plus en plus jeunes, de plus en plus systématiquement, de plus en plus inconsciemment … une petite bandelette par ci, une petite bandelette par là.

Ce constat me terrifie, d’autant plus que personne ne semble réagir. 

Et c’est normal que ce phénomène passe inaperçu parce que la momification n’est pas un événement brusque mais plutôt un long itinéraire de pétrification.

On ne le voit pas venir, il s’installe chaque jour comme une lente dérive, un engourdissement graduel, comme une arthrose qui va patiemment solidifier les plus souples des articulations. 

Ce désastre gagne chaque jour du terrain pour peu que l’on n’y prête pas attention, ce fléau s’approche, sournois, avec ses bandelettes et sa colophane et il englue patiemment, inexorablement ses victimes inconscientes…. une petite bandelette par ci, une petite bandelette par là.

Peut être espèrent ils qu’elles leur tiendront-elle chaud dans leur engourdissement, dans leur future paralysie, dans leur dérive douce-amère ?

Ne nous leurrons pas, nous avons tous une tendance naturelle à la momification, aussi je proclame ce soir les dangers de ce mal qui nous ronge, qui nous guette, qui nous attend au tournant de nos négligences, de nos tiédeurs, de nos manquements.

Mais je vous rassure, ce n’est pas une fatalité !

Alors vous allez me dire : mais que faire pour éviter la contagion ?

Eh bien, nous devons nous méfier de ces pentes glissantes enduites de savon glycériné où la force de la gravité nous emporte vers le bas et où il est plus facile de lâcher que de se battre. 

Alors luttons, luttons contre l’inertie, la paresse, l’inattention, la désinvolture, l’indifférence, la facilité, la nonchalance, les renoncements, le mensonge, l’apathie, l’inertie, le découragement, l’insouciance, la passivité, autant de bandelettes qui isolément semblent  inoffensives mais dont l’accumulation nous est fatale….. une petite bandelette par ci, une petite bandelette par là.

Imaginons le quotidien de nos ancêtres du néolithique et prenons exemple sur eux, sur leur extrême vigilance, toujours sur le qui vive, aux aguets du moindre danger, leurs sens en éveil, leur corps à l’affût.

Alors ne laissons pas nos plus beaux élans se rétrécir, nos rêves les plus merveilleux s’anéantir, notre vision de la vie se réduire à une ridicule petite lucarne à travers laquelle le monde parait finalement bien obscur et sans intérêt.

Vous avez tous constaté, j’en suis sure les effets délétères de la momification.

Pour peu que l’on soit attentif, n’observons- nous pas chaque jour des hommes et des femmes qui se momifient sous nos yeux dans l’indifférence générale ? 

Des hommes hier robustes et conquérants pour lesquels le sens de la vie se résume aujourd’hui à la victoire de leur équipe de rugby. 

Des femmes coquettes demandant à leur miroir chaque jour « Miroir, miroir, suis-je la plus belle ? », aujourd’hui négligées et apathiques. 

Des mères de famille épanouies et joyeuses qui confectionnaient des beignets de fleurs de courgettes en chantant dans leur cuisine pour régaler leurs enfants et qui à présent réchauffent au micro onde une brandade de morue de chez Picard en regardant « Joséphine ange Gardien » ?

Combien aussi essaient de se voiler la face en noyant leur misère dans le vin rouge ou quelques drogues plus onéreuses, mais croyez moi, il n’existe aucune pharmacopée qui puisse nous faire retrouver notre liberté d’être.

Alors mettons l’accent sur la prévention, méfions nous de l’engourdissement, éloignons nous de la momification qui sournoisement nous colle ses petites bandelettes ….  une par ci, une par là.

Alors écoutez bien ce soir ma mise en garde, l’ennemi est aux portes de nos volontés, prêt à aliéner notre liberté d’être, alors, avant que de reposer pour l’éternité entre les planches rectangulaires de notre tombeau, arrachons nos bandelettes, refusons de nous laisser entraver, luttons contre la momification sous toutes ses formes !!

Plus jamais de petites bandelettes ni par ci, ni par là ….

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