L'Artisanat magique

 

Aujourd'hui, j'ai raté mon arrêt de métro. A cause d'un livre. Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. Quand je suis absorbée par un livre, je peux rater mon arrêt de métro ou de train ou même ne pas entendre qu'on me parle, au point que les gens qui m'entourent se mettent alors à faire comme si je n'étais pas là. Vu qu'en fait, je ne suis pas vraiment là. Donnez-moi un bon livre et je tombe dans une faille spatio-temporelle : le monde réel disparaît et parfois, je disparais moi-même aux yeux du monde réel, plongée que je suis dans un monde imaginaire. Pour un peu que l'auteur soit mort depuis belle lurette, c'est limite de la nécromancie. 

Quand on pense qu'à la base de ce monde imaginaire, il y a parfois juste un début d'idée ou un morceau de phrase. Quelqu'un l'a pris, l'a observé sous toutes les coutures, l'a étiré, creusé, tordu, s'en est éloigné, y est revenu, a travaillé, douté, s'est énervé, exalté et pour finir, a écrit un texte avec. Et ça, c'est de l'artisanat, quand même. Bosser tout seul dans son coin, à triturer dans tous les sens un petit bout de machin que tout le monde possède, finalement, un petit déchet  mental, une idée en l'air, rattrapée au vol... C'est même un peu louche, comme activité. 

Quelqu'un racontre des faits qui n'ont pas vraiment existé, avec des êtres imaginaires dont de vrais gens parleront en les appelant par leurs prénoms, de vrais gens qui, si le job a été bien fait, auront éprouvé des émotions, par empathie, identification, compassion ou... opposition (certains personnages sont parfois vraiment agaçants, personnellement, j'aurais beaucoup à redire sur le comportement du père dans Il faut qu'on parle de Kevin, de Lionel Schriver et je préfère passer sous silence l'attitude de Fontan dans Nana, d'Emile Zola). 

Je crois que je ne me remettrai jamais d'avoir découvert cet artisanat-là.

 

 

PS : le livre, c'était Accouplement, de Norman Rush. J'en reparlerai quand je l'aurai terminé, je ne suis qu'à la moitié. 

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Commentaires : 3
  • #1

    Pierrot Dijon (samedi, 19 octobre 2013 00:54)

    Attends seulement de tomber dans mon bouquin... (un jour peut-être)
    Mortel, tu vas pas t'en remettre, et moi vivant * , c'est limite du vampirisme ! (* j'ai effacé 'tu viendras sucer' sang pour sang de mauvais goût)
    Bosser, artisaner, triturer, va falloir que je m'y mette.
    Tu mets la barre assez haut ; stimulant...
    J'ai entendu aujourd'hui 'le chat s'est couché dans son panier, rien à dire, le chat s'est couché dans le panier du chien, c'est le début d'une histoire'

    De la poule de l’œuf / de l'écriture ou de la lecture, je m'interroge encore.
    Aujourd'hui donc tu es lectrice
    et demain tu vas balancer, chic j'attends

  • #2

    Christophe (samedi, 19 octobre 2013 15:36)

    Je comprends ton oubli, il ne faut jamais arrêter l’Accouplement à sa moitié, pour quelque raison que ce soit...

  • #3

    Le Romancer Frédérique (lundi, 21 octobre 2013 11:09)

    Vous êtes en grande forme, l'un comme l'autre, à ce que je vois ;)